insigne gt515

Troupe

Army-FRA-OR-06.svg

DSCF6339

N°4 Connaissance avec un personnage atypique sorti tout droit d'une BD si détestable quand aurait voulu la faire brûler avant de la lire entièrement.

Le maréchal des logis chef Chauteau était en permanence en action avec des idées toujours plus folles les unes que les autres pour broyer définitivement le moral des appelés, ce qui d'ailleurs amusé fortement l'autre idiot d'officier aspirant qui s'imaginait qu'il était aux premières loges dans le film de la 7ᵉ compagnie avec Jean Lefebvre dans le rôle du bidasse complètement paumé. L'aspirant avalisait en buvant du petit-lait à regarder faire ce chef psychopathe, aboyeur qui n'avait qu'une raison de vivre après celle de sa chienne, la suivante était celle d’écœurer les autres de vivre avec ses plans débiles pour ridiculiser les jeunes recrues. Un matin, il a rassemblé toute une brigade pour sélectionner quelques individus possédant le permis de conduire, les heureux sélectionnés penser qu'ils avaient tiré un visa pour effectuer une ballade hors du camp au volant d'un camion. La déception fut énorme quand ils se sont tous retrouvés chacun à pousser une brouette de gravier pendant toute la sainte journée. Chaque jour, il se réveillait avec une embrouille à faire exécuter pour ridiculiser les bidasses. Comme son opération "véhicule propres". Il s'installait avec sa chienne sur ses talons à l'entrée du parc à camions pour réceptionner les véhicules qui revenaient de l'aire de lavage dont le premier critère pour lui ce n'était pas forcément la propreté, il prenait aussi en compte le degré d'affinité qu'il avait avec le conducteur, ce qui simplifié l'inspection du camion qui passait comme une lettre à la poste. Par contre, celui qui n'était pas dans ses papiers ce qui était le cas de Denis et de nombreux autres conducteurs, ils étaient fermement invités à faire leur demi-tour sur la parcelle boueuse sans plaque à sable qui jouxtait le parking pour repartir en direction de l'aire de lavage sous le prétexte que ce camion n'était pas suffisamment propre. Ce refoulement pouvait se reproduire plusieurs fois dans la matinée, n'en pouvant plus de cette pantalonnade, d'ailleurs certains conducteurs avaient fait le choix d'attendre le sur le trajet refusant de repasser par le lavage dans l'attente que ce "grand malade" libère enfin l'entrée du parking ce qui arriva quand un appel fut diffusé qu'il devait se rendre immédiatement à son bureau de la permanence de la 2ᵉ compagnie et n'ayant aucun sous-fifre sous la main il dû se résoudre à libérer le passage, immédiatement tous les véhicules qui avaient été rejetés arbitrairement se ruèrent vers l'entrée dans une pagaille monstre en empruntant des passages hors de la voie c'est dans un nuage de boue projeté par les roues des véhicules suivants qui s'aspergeaient joyeusement les uns aux autres, en un temps record tous les véhicules avaient retrouvé leur place dans un état encore plus salingue que celui du matin pour lancer son opération" véhicules propres". Les conducteurs avaient fait fissa comme une volée de moineaux pour déserter ce parking avant que le maboul revienne à son point de contrôle.

Chaque matin, quand les conducteurs n'avaient pas une corvée ou une mission à accomplir, ils devaient tuer le temps, les conducteurs avaient l'obligation de contrôler tous les niveaux de son véhicule attitré, et tant pis si le véhicule n'avait pas roulé depuis une semaine, il fallait faire semblant de lire la jauge d'huile. Toujours dans le sordide pendant toute une semaine, c'était la grande révision technique par équipe de six conducteurs, il fallait nettoyer les chassies et dégraisser les blocs-moteurs des camions au mazout, il fallait aussi peindre les graisseurs et les bouchons de vidange en jaune, dérouler les câbles des treuils pour les dégraisser au mazout afin de supprimer la couche de graisse pour après les recouvrir d'une nouvelle couche de graisse en les enroulant à nouveau. Refaire des retouches de peinture sur la caisse, astiquer les jantes des véhicules astiquer les flancs des pneus. Sans mission, il fallait bien qu'ils nous occupent et cela faisait certainement partie du programme d'intégration pour saper une logique évidente que nous aurions pu avoir, il ne fallait surtout pas s'exprimer pour ne pas sur-réagir à des ordres parfois complètement loufoques comme ils étaient capables de nous intimer de les exécuter.

Pendant une marche à l'approche d'une grande flaque d'eau bien boueuse, le chef Chauteau bavait d'avance de savoir qu'il allait pouvoir savourer son irrésistible perversion de nous faire plonger dans ces énormes flaques d'eau croupie à souhait au milieu des têtards.

Le vendredi en fin de journée, c'était la fin de la semaine pour nos officiers et pour des appelés qui avaient pu obtenir une permission, elle était aussi souvent attribuée à la tête du client sans vraiment une réelle logique, c'étaient souvent les mêmes qui obtenaient le fameux sésame, pour Denis, c'était trop souvent le désenchantement ne sachant pas pourquoi ses permissions passaient trop souvent par la trappe du refus, ou elles étaient volontairement égarées dans le dédale de la voie hiérarchique, quand elles ne se perdaient pas bêtement en tombant directement dans la corbeille à papiers d'un sous-officier sans pouvoir atteindre la navette du PC.

Pourtant il était rare que Denis déposait une permission, car son unique domicile était celui de la caserne, toute fois, il se risquait à en déposer une pour éviter les corvées ou les tours de garde en weekend, ce qui lui permettait ainsi d'aller et venir et d'avoir le repas et son lit n'ayant pas toujours la possibilité de financer un trajet ou un hébergement pour le weekend, parfois la DDASS lui proposer un hébergement dans un foyer dans le centre-ville d’Angoulême, un lit dans un dortoir d'une dizaine de personnes alors qu'à la caserne, il dormait dans une chambre à quatre lits, la vie dans ce foyer même sans uniforme a porté était aussi ennuyeuse de celle de la caserne.

C'était une des rares fois, que les officiers avaient accordé à Denis une permission de 72 heures pour aller à Paris, mais pas de chance le jour de la distribution, c'était ce bourrin de Chauteau qui était de permanence il fallait donc passé et subir une revue de ce taré qui avait toute la puissance de contraindre Denis à passer par ses simagrées en le narguant grossièrement avec la permission en main, je donne, puis je reprends. La tenue de Denis était correcte, sa vareuse était bien boutonnée, les chaussures étaient aussi nickel, le demi-tour réglementaire était magistral avec la claque sur la cuisse tout y était, eh bien non ! Cette ordure trouvait toujours quelque chose qui clochait sur la personne de Denis, ses cheveux étaient trop longs dans le cou, il obligea Denis à aller courir chez le coiffeur, alors qu'il savait pertinemment qu'il était déjà parti et qu'il lui avait glissé sa permission quand il a été se faire tailler sa moustache qui était aussi raide et de la couleur d'un balai de chiotte, il lui avait remis sa permission personnellement à ce moment-là. Il ne restait plus à Denis pour caresser l'espoir d'obtenir cette permission d'effectuer son propre sabotage au rasoir se faire une sorte d'autoroute derrière le cou, de retour devant Chauteau et après plusieurs saluts et demi-tours réglementaires qu'il ne trouvait toujours pas suffisamment parfait.

Au bout de vingt minutes de tergiversations avec ce taré, Denis savait qu'il n'avait plus aucun espoir de réussir d'obtenir un train en direction de Paris pour la soirée. Il en avait ras le bonnet de ce cirque avec ce clown qui avait dû être irradié du cerveau pendant les premiers essais nucléaires dans le Sahara, Denis n'allait pas non plus se prostituer pour obtenir une permission, alors il décida de remonter tristement dans sa chambre avec la conviction qu'il ne céderait pas et que son bout de papier ce connard, il pouvait s'en servir et ce le mettre aux chiottes. Quinze minutes plus tard Chauteau était surpris de ne pas revoir son punching-ball revenir, cette réaction qu'il n'avait franchement pas envisagée un instant et qui l'avait complètement décontenancé. Il envoya son brigadier de permanence pour annoncer qu'il était décidé de lui donner son titre immédiatement, et sans condition  et sans passer par le cirque du dompteur et de son fauve peluche obéissant sous l'effet d'un somnifère.

Denis déclina son offre par l'intermédiaire du brigadier en protestant qu'à cause du sadisme du chef, qu'il était maintenant trop tard pour pouvoir atteindre son train et qu'il n'avait aucune intention de passer une nuit blanche sur un banc. Que malgré son autorité qu'il pensait tout-puissant face à un appelé sans défense, tout MDLC qu'il était, il n'était pas en mesure de le contraindre à quitter la caserne pendant 3 jours.

Le maréchal des logis chef Chauteau était un vicelard de première, intouchable, car il avait eu certainement ses moments de bravoure à la guerre, l’Algérie. En 1967, il n'avait toujours pas quitté son djebel, il portait toujours son chèche quoique le port de ce vêtement n'était pas réglementaire dans le camp, il vivait avec son stock de canettes de bière pour ne pas se déshydrater par le sable et le soleil de La Braconne, l'été comme l'hiver, son chez-lui était une chambre à l'intérieur de la caserne, il y vivait avec sa compagne Roxane une chienne Berger Allemand qui marchait sur trois pattes et demie, à force de prendre des ramponneaux à coups de rangers sur son train arrière dès que son maître avait le dos tourné de la part des troufions à qui elle persistait à renifler leurs braguettes ou leurs fesses.

Le MDLC Chauteau était un personnage atypique, un louis de Funès dans le rôle de la grande vadrouille, mais lui, il ne faisait pas semblant pour être détestable, vicieux et abject. Une quarantaine d'années de taille très moyenne, un œil qui disait merde à l'autre une moustache hirsute à poil dur presque rousse, le menton en galoche taillée grossièrement à coups de serpe, style visage Dalton, sa bouche n'était pas en reste, elle n'était surtout pas celle d'un humain, il aboyait en permanence au lieu de parler.

Presque, à chaque bivouac sauvage d'une mission, il partait battre la campagne accompagnée de sa Roxane et de deux militaires qu'il utilisait comme intendant pour porter les jerricans alimentaires, c'était parti pour le grand retour à son djebel le visage barbouillé au charbon et son chèche avec son grand poignard recourbé à égorger qu'il portait en bandoulière, il partait d'un pas assuré à la recherche d'une ferme des alentours pour  acheter le mouton invendable trop gras plein de suif au lieu de fournir bons gigots . Deux heures plus tard, il revenait avec son mouton égorgé sur les épaules, les deux jerrycans de 20 litres étaient remplies de vin rouge enfin de la couleur, car il tirait plutôt d'une piquette infâme. Les autres conducteurs de la section de la 2ᵉ compagnie s'affairaient sous l'ordre du brigadier Garcin un engagé sympathique sans aucune once d'autorité qui était à l'armée pour raison alimentaire, logé, nourrit en période de paix, c'était le club Med.

Il avait la mission d'effectuer la fosse, avec une équipe armée de pelles US en positions recourbées pour creuser. Une autre équipe munie de casques lourds avait la charge de sortir la terre de la fosse. La troisième équipe dont faisait partie Denis avait la charge de fouiller la forêt pour rassembler un maximum de bois mort pour préparer le méchoui.

À minuit dans le campement, c'était la cata ! Plus personne n'était lucide et ne pouvait se tenir debout, c'était une orgie incroyable de vomissure dans les cabines des véhicules et sur le sol de la clairière plusieurs appelés s'étaient vomis dessus. Les quatre sentinelles qui devaient toutes les deux heures être remplacées elles étaient couchés à même le sol les fusils jetaient à terre comme des vulgaires bâtons.

Le chef Chauteau délirait à l’arrière de sa Jeep, il était en mauvaise posture avec des fellaghas qu'ils l'avaient encerclés, il donnait des ordres à tue-tête que personne ne voulait entendre pour préparer la contre-attaque. Ses deux intendants qui étaient à l'avant du véhicule ne réagissaient pas non plus, ils étaient en pleine béatitude dans les bras de Morphée. Le brigadier Garcin était raide dans un sommeil de plomb couché enroulé dans une couverture proche du feu. Seule, dans ce grand capharnaüm de corps, de gamelles, de fusils de pelles et de casque, Roxane était la plus active elle allait et venait dans le bivouac profitant du manque de réactions des personnes pour renifler une à une toutes les braguettes des militaires qui étaient inconscients allongés à même le sol... Voilà un aperçu de cet extravagant et phénomène MDLC Chauteau.

1968 20 ans militaire  515 gt 001

img029

N°5 Mission open bar sur la soute à carburant.

Décembre 1967 voilà qu'on nous concocte une bien curieuse mission de 48 heures à tournée en rond à une centaine de kilomètres de la caserne dans la forêt de Chizé dans les Deux-Sèvre la nuit était rigoureuse et humide, les conducteurs à l'arrière de leurs camions grelotaient au lieu de dormir entre deux tours de garde. Tout ce qui pouvait rouler et consommer au minimum un litre de carburant au km devait participer à cette mission. Style les camions US, REO-M 35, qui étaient réquisitionnés pour leur appétit glouton, les GMC 50 litres aux 100 km et les Jeeps n'étaient pas en reste pas non plus avec leurs 25 litres aux 100 km. L'ensemble du convoi réunissait une trentaine de véhicules disparates sur la route ça ressemblait à un scénario à la Mad-Max à la recherche d'une raffinerie. A tourné en rond pendant 48 heures, tous les réservoirs des 30 véhicules plus la cinquantaine de jerricans étaient presque à sec et certainement pas suffisamment pour rentrer à la Braconne ce qui était d'ailleurs la finalité de cette mission. Seul le camion de Denis avait été épargné, car il avait la charge de distribuer le carburant, et devait repartir faire le plein des jerricans, sur Angoulême en bordure de la nationnale10 la seule station ELF qui avait mandat pour distribuer du carburant aux véhicules militaires Denis devait donc parcourir la centaine km pour atteindre cette station pour faire le plein. Revenir aussitôt dès le début de l’après-midi pour lever le camp des Deux-Sèvres.

Denis après avoir parcouru une quinzaine de km, il arrêta le camion qui se trainer lamentablement à la vitesse d'une Mobylette ne dépassant pas les 60 km/h. C'est avec l'accord du chef de bord un brigadier PDL que Denis débrida le camion pour lui donner plus d'allants à cet engin trop poussif, l'opération de réglage de la vis du carburateur était facile à effectuer, le seul souci, c'est qu'il y avait un scellé qu'il fallait couper pour agir sur la vis de réglage. Sinon cette opération était d'une facilité d'enfant à réaliser. Après le réglage le camion avait retrouvé toute sa puissance, il atteignait les 80 km/h tout en ayant une réserve sous le pied pour la sécurité à la conduite. Il était entendu que cette manipulation qui ne comportait aucun risque pour la mécanique, cette intervention ne devait surtout pas sortir sous aucun prétexte de la cabine ce que le brigadier avait approuvé, car une section d'un scellé pour l'armée était considérée comme une haute dégradation même pour un dispositif qui servait seulement à brider la vitesse du véhicule ne pouvant pas atteindre l'intégrité du moteur. De toute façon nous étions en pleine extravagance avec cette mission, d'un côté nous venions de faire un open bar sur la soute à essence en cramant plus 5 000 litres de carburant en tournant en rond autour d'un bivouac, pour éviter l'année suivante une restriction du budget sur le carburant. Alors que de l'autre côté vous aviez un responsable MDLC qui passait son temps à brider les véhicules afin d'obtenir des économies de carburant... ? Nous étions donc comme souvent à l'armée dans une hérésie totale.

B-YTN67IAAA5sEC

DSCF2074

N°6 La parole du brigadier PDL n'était pas gravé dans le granit : Tahiti n'était qu'une imposture ! Palmiers, sable blanc, Lagon bleu, mangrove, barrière de corail rouge et les, etc.

Deux mois plus tard, alors que Denis avait effacé l'opération du scellé du carburateur et qu'il avait un pied dans l'avion en direction de Tahiti avec dix de ses collègues du même contingent, le passeport militaire et le carnet médical avec les nouvelles vaccinations contre fièvre jaune, choléra et le reste étaient enclenchés, l'armée avait une parole, Denis allait pouvoir voyager vers d'autres destinées que la Charente, enfin voilà son vœu le plus cher qui allait se réaliser. L'euphorie fut de très courte durée, huit jours avant le départ le commandant lui annonça qu'il n'était plus que le remplaçant pour le départ suite à un contrôle technique qui a fait apparaître le bidouillage du carburateur d'un camion dont ils avaient fait le rapprochement de la mission de la mise à sec de la soute à essence

Denis allait vendre chèrement sa peau, il avait un projet de partir de ce camp, il avait pris la posture d'être tombé de la dernière averse tout en faisant croire qu'il était trop bête pour toucher à cette mécanique assortie en plus d'un bridage, c'était pour lui aussi incompréhensible que du latin... Le chef encore un autre MDLC responsable de la flotte du GT515 cette caserne était une armée mexicaine nous avions que des maréchaux des logis chef ou des brigadiers-chefs.
Le chef voyant qu'il n'obtiendrait aucune once de vérité de la part de Denis, il alla donc mettre la pression au brigadier PDL qui était le chef de bord de ce véhicule, il n'a pas eu longtemps à attendre pour que le brigadier soit prolixe sur cette journée alors qu'il avait pourtant juré à Denis de ne jamais rien avouer. Ce renégat venait de le dénoncer comme le seul coupable possible, qu'il avait dû faire cela derrière son dos, mais qu'effectivement après un arrêt pause-pipi, il avait constaté que le camion avait des reprises bien plus franches.

Le brigadier pour son acte de bravoure a obtenu une permission exceptionnelle de 72 heures, au lieu de recevoir, lui aussi une lourde sanction des arrêts de rigueur étant complice et responsable de ces faits.
Les autres conducteurs de la brigade n'avaient vraiment pas apprécié cette récompense pour une balance surtout envers un autre appelé, il y avait suffisamment d'engagés pour ce genre de traîtrise. Surtout, qu'il n'y avait pas mort d'homme, seulement une bricole bénigne et qui était sans conséquence pour le véhicule. La lâcheté de ce brigadier l'avait rendu no gratta dans le bâtiment de la 2ᵉ compagnie. Les supérieurs voyants que la grogne persistait méchamment et qu'il venait de perdre toute autorité, ils avaient pris rapidement la sage décision de le muter au CCAS à la maintenance de la caserne.
Malgré le paradoxe de cette journée débile, Denis fut sanctionné sur une supposition d'avoir déréglé le débit de l’économiseur de carburant et surtout d'avoir sectionné son scellé.

C'est le motif de destruction volontaire du matériel de l'armée qui avait été retenue et ce n'était pas si innocent sachant bien qu'en réalité ces faits n'avaient rien à voir une destruction quelconque, mais c'était plus pratique pour prononcer une sanction en arrêts de rigueur de la part d'un officier qui faisait office de juge à charge complètement déconnecté du terrain qui vous ordonnait une sanction sans entendre la version de l'accusé, et qui finalement rendait la sanction complètement abracadabrantesque par rapport à la véracité de l'acte d'accusation. Le verdict sans pouvoir faire appel a été d'un mois de prison, plus la double sanction d'un mois d'armée supplémentaire. Ce qui était le plus terrible, c'est que l'armée pouvait disposer de la liberté sur la vie civile d'un appelé en dehors de son service militaire, ce qui était quand même un comble. Cette procédure avait eu déjà pour première conséquence envers  Denis, l'ajournement de son départ pour le Pacifique.

Parfois certaines situations vous procurent parfaitement bien un nouveau destin, car grâce de l'issue de cette situation, Denis venait plutôt d'éviter une sérieuse déconvenue.

Car après le départ de ses collègues, le voile commençait à ce lever et laissait passer quelques indiscrétions sur cette mission qui n'était pas une balade au paradis sous les palmiers, avec à la main un cocktail Cuba Libre dans une station balnéaire ce qu'ils voulaient bien nous présenter sous ses meilleurs auspices. Denis avait aussi trouvé bizarre qu'aucun engagé du camp n'avait été invité à ce voyage, pourtant c'était leur mission première de partir d'office. La mission se situait sur l'atoll de Mururoa et non Tahiti et qu'ils allaient faire du transport de matériaux sur une bande de 15 km pendant une durée de 12 mois des installations d’expérimentations pour effectuer les essais nucléaires dans le Pacifique Sud. De 1966 à 1996, la France avait procédé à 193 essais atmosphériques et souterrains aux atolls de Mururoa ; une fois par mois, ils accordaient aux appelés une permission, pour se rendre à Tahiti à Papeete, mais à peine débarqués, qu'ils se faisaient insulter et cracher en plein visage par les Insulaires. Le merveilleux cliché de l'accueil très floral de cette belle vahiné avec des formes sympathiques et généreuses qui enfilent autour du cou des voyageurs les colliers de fleurs ou de coquillages, en réalité ce n'était pas pour les militaires français qui au contraire étaient les diables du mal et comme accueil, ils risquaient plutôt de se prendre une balafre au rasoir s'ils étaient trop pressants avec les vahinés. Les douze mois écoulés les collègues de Denis sont revenus à la Braconne, ils n'étaient franchement pas ravis de cette escapade et ils n'étaient pas très optimistes sur leur santé future, on sentait qu’ils étaient bourrés d'amertume et de spleen. Ils avaient été briffés pour rester discret sur leur mission d’ailleurs, ils ne firent qu'un rapide passage à la caserne,

ils furent démobilisés les huit jours suivants, il ne fallait certainement pas qu'ils restent trop longtemps au contact de leurs collègues et qu'ils puissent démoraliser la prochaine relève dans le groupe des jeunes recrues qui ne devaient rien savoir de ce qui se passait réellement en Polynésie. Les revenants n'étaient plus utiles pour la caserne, ils étaient devenus des zombies complètement dépités comme s'ils avaient rencontré le diable et ses enfers. Ils enviaient le sort de Denis qui avait raté le départ, ils lui disaient « tu sais la prison dans ce camp et encore un paradis par rapport à la damnation que nous avons vécue nous avons vécu un isolement total nous nous ennuyons cruellement, non ce n'étaient pas les belles images qu'ils nous avaient abreuvées avant le départ. Ce n'était pas le Club Med de Tahiti avec ses atolls au lagon bleu et les merveilles de la mangrove et des barrières de corail blanc et rouge avec son sable blanc nous avions l'impression au contraire de vivre une fin du monde à chaque essai, comme si l'atoll allait s’effondrer sur lui-même dans l'océan et nous avaler dans un gigantesque tsunami. »

Suite  N° 7/8/9/ Les mamies Bordelaises nous fond des bisous.