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N°10 trente-huit heures pour aller déguster les huitres fine de claire à Marennes.


En juillet 1968, le jeune brigadier ADL Garcin un loyal copain, connaissant la situation de Denis, il lui déposa une permission de 38 heures pour un week-end pour aller déguster des huîtres de Marennes chez ses parents. Le samedi soir alors que son copain était en réunion avec sa famille qu'il ne voyait que très rarement, Denis profita de cette soirée pour aller faire un giron qui l'avait mené en auto-stop de l'autre côté du viaduc à la boîte du château de l’île d'Oléron. L'allée avait été confortable par contre, le retour fut beaucoup plus périlleux, Denis se retrouvait planté à deux heures du matin à l'entrée du viaduc dans une nuit sans lune les véhicules dans le sens du continent étaient plutôt rares et n'étaient pas sensibles à l'uniforme kaki. Denis avait parcouru plus d'un km sur le viaduc une distance qui était déjà, d'une extrême lassitude avec cette impression de faire du surplace avec ce décor qui ne variait pas d'un lampadaire à l'autre le vent transversal agissant par instants en fortes rafales chargées d'embruns ce qui obligeait Denis parfois à se cramponner à la rampe pour avancer.

C'est à ce moment que dans la pénombre jaune de l'éclairage du viaduc apparaissait une vieille Citroën Ami 6 très fatiguée sa carrosserie de couleur grise était bouffée par le sel et cloquée par la rouille. Le véhicule s’arrêta pile à son niveau. Denis voyant l'état de ce véhicule ne broncha pas, il n'était pas question d'effleurer la carrosserie de peur d'attraper le tétanos, mais le plus terrible était à venir quand il découvrit dans la pénombre cette belle tête de tueur, pas rasé des cheveux hirsutes lui donnant le profil d'un parfait prédateur d'une trentaine d'années, il était seul dans son véhicule, face à l'invitation de s’engouffrer à l'intérieur rendait Denis perplexe, mais avait-il franchement le choix ? C'était le seul véhicule qui s'était arrêté sur ce viaduc depuis le début de sa traversée, sans aucune protection vestimentaire adéquate, il allait certainement être brassé dans un programme long de 3 Klm d'un violent essorage d'océan d'embruns salés qui cinglait le visage avec la douceur du papier abrasif avant d'atteindre les cabines de péages. Le conducteur proposa à Denis de s’asseoir à sa droite, en ouvrant la porte une odeur insoutenable, pestilentielle de mélange de marée descendante poisseuse et de charogne lui prenait déjà la tête.

L'assise du siège était défoncée et renforcée par une plaque de contreplaqué ; les passagers ne devaient pas se bousculer pour faire un bout de route dans son tape-cul.

Après avoir parcouru deux petits kilomètres proches de l'extrémité du viaduc dans une ambiance lourde d'inquiétude et sans parole, le véhicule commençait à hoqueter de plus en plus sévèrement, rappelant les symptômes de la panne sèche cela n'était pas pour démoraliser Denis bien au contraire qui voyait là dans cette panne un don du ciel un signe libérateur de pouvoir sortir de cette caisse, son regard se portait sur l'indicateur de la jauge qui indiquait que le réservoir était à 50 % de sa capacité, ce qui était surprenant, le véhicule s’immobilisa définitivement dans un dernier hoquet. Denis sortit brusquement du véhicule comme s'il voulait se sortir d'un mauvais traquenard, mais voyant que le conducteur persistait à vouloir repartir sans succès Denis, avait compris que la panne n'était pas volontaire et bien réelle, ce que confirma l'odeur persévérante de l'essence qui envahissait le véhicule, il se proposa à l'aider de pousser son véhicule sous un lampadaire, pour essayer de trouver la panne. Denis restait sous ses gardes, tout en le surveillant intensivement cet Ostrogoth. Le capot levé Denis s'aperçoit que le tuyau en caoutchouc d'alimentation était à moitié rompu au ras de la pompe à essence.

Denis équipé de son couteau à cran d’arrêt automatique un « Mikov Predator noir » qu'il avait récupéré deux ans avant dans une rixe de Blousons Noirs, ce couteau ne l'avait plus lâché depuis, il coupa proprement la partie abîmée du tuyau qu'il remboîta à la pompe. Le conducteur après plusieurs essais infructueux réussit enfin à remettre sa tondeuse en marche, le moteur vrombissait, il avait retrouvé ses trois chevaux en pleine forme. Denis eut à peine le temps de refermer le capot et de faire un saut sur le côté, tel que l'aurait fait un toréro pour esquiver la charge de son taureau, Denis a pu l'éviter de justesse pour ne pas se faire fracasser les tibias par le par choc du véhicule qu'était déjà loin. Cette réaction confirmait les doutes que Denis avait envers ce Dexter Morgan, il avait vraiment eu affaire à un putain de pervers et c’est à l'apparition du couteau qu'il avait abandonné son sale projet de précipiter Denis dans son rets. Chemin faisant les quatre derniers km qu'il lui restait à parcourir pour atteindre la maison de son copain Garcin dans Marennes, il les parcourut au pas de charge sans essayer de faire du stop, à 5 heures du matin terriblement épuisé, il fut heureux de pouvoir enfin s'allonger sur un lit.

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N°11 déplacement musclé avec les commandos et légionnaires. Un héros sans grade défile pour le 14 juillet la poitrine chargée de médailles.

Pour le 14 juillet, le GT 515 assurait les défilés avec la préparation du salut et de présenter les armes et la marche aux pas cadencés. Ce jour-là, un petit homme qui se nommait Chibani brillait du haut de son 1,65 m et de ses 45 ans bien tassés, toutes ses batailles étaient gravées sur son visage et elles avaient dû être nombreuses, qu'il était impossible de lire un âge sur son apparence. Il était rapiécé de bric et de broc, son visage, sa poitrine n'était pas épargnée de tatouages et de multiples cicatrices se croisaient, il la découvrait sans complexe même avec une certaine pointe de fierté, tout était un souvenir précis de la date et du lieu en Algérie. Il disait, « que c'était le prix qu'il avait payé pour son unique amour qui était la France ci difficile à séduire ». Il était encore valide grâce à une barre d'acier dans le bras gauche. Il était la mascotte du GT 515 sa hiérarchie ne s'était pas foulé pour son grade, il n'avait obtenu que la distinction de 1re classe ADL.

Au défilé du 14 juillet à la place de New-York d’Angoulême, Denis n'avait pas pu passer à travers, c'est la deuxième division qui avait été choisie. Depuis sept heures, les militaires avaient pris possession de la place, ils étaient là plantés comme des i à attendre que ces messieurs les élus et hauts fonctionnaires se décident enfin à se rendre à 11 heures juste avant les festivités dans le parc de la préfecture où était invité tout le gotha du département.
Sous ce cagnard dans les rangs de la section, une dizaine, de victimes se sont écroulées à rester planter sans pouvoir s’asseoir et boire. Enfin, la voix grave de l'adjudant ordonna aux militaires de se mettre au garde-à-vous le passage en revue allait pouvoir commencer sous l'autorité de monsieur le préfet et de sa clique de notables. Ce cher Chibani se tenait aux avant-postes proches du porte-drapeau de l'escadron et du Colonel le chef de corps du régiment, il portait quelques breloques sur sa poitrine, elles paraissaient parsemées à comparer à la planche de médailles de hauts faits et des gloires qu'il portait avec fierté et audace.

Le préfet ne put que s’arrêter en s'extasiant face à cette exposition de médailles sur le torse d'un homme de rang sans grade seulement la distinction de 1re classe, il avait dû payer chèrement de sa personne pour obtenir toutes ces distinctions à la hauteur de sa bravoure, sans avoir à mourir complètement, seulement que par petites interruptions, il revenait toujours de son knock-out pour savourer l'instant qu'un général allait lui accrocher la toute dernière tout en étant toujours debout.
Ce moment fut magique et pour cet instant redonné une fierté à ce régiment du train qui était sur tous les terrains, le sable, la boue ou le macadam en ouvrant discrètement la route souvent sans protection efficace en zigzaguant entre les mines parsemées dans certaines voies et en contournant aussi les embuscades, pour transporter le ravitaillement indispensable plus le transport des renforts. À la victoire finale les Trainglots étaient souvent les grands oubliés, pourtant indispensables dans toutes les zones de combat, car ce sont eux qui permettaient à l'infanterie d'avancer plus rapidement, malgré qu'ils se fassent copieusement traiter de planquer.
Denis repartait pour une dernière mission en direction de Caylus, ils avaient la charge de transporter des réservistes, des légionnaires et des commandos en stage pour ce faire une guerre à blanc, mais avec rudesse. Le transport était aussi éprouvant que le crapahutage sur le terrain pour ces militaires pourtant aguerris prêt à intervenir sur tous les terrains. Denis avec son camion avait à franchir des anciennes carrières cahoteuses, pentues et en dévers, sur un terrain mou et sablonneux et souvent en pleine nuit, il fallait avancer juste à la lueur des black-outs afin de ne pas se faire repérer par les soucoupes martiennes qui d'après nos gradés, elles étaient nombreuses et puissamment armées dans cette région en période de paix nos gradés étaient déboussolés pour trouver un ennemi.

À l'arrière du camion, l'ambiance était tendue, houleuse et tumultueuse à l'arrivée du point de ralliement « Denis se faisait tout petit dans sa cabine pour ne pas se faire, lyncher et chahuter à son tour par la brigade de légionnaires qui ne cessaient de répéter à leurs supérieurs qu'ils n'étaient pas des bestiaux et qu'ils auraient mérités un autre transport qu'une bétaillère pour se rendre à ce bivouac. » .

Au retour de cette mission, Denis constata la disparition de son ceinturon, il demanda une audience au capitaine pour en obtenir un autre, la discussion à durée trois minutes la réponse fut immédiate, "je vous laisse huit jours, conducteur Denis pour le retrouver, sinon je serais dans l'obligation de vous faire une déclaration sur 21/27 pour la perte par négligence de votre ceinturon qui vous en coûtera 15 jours de prison simple avec la corvée de ramassage des poubelles, alors ! À vous de voir, et je ne désire pas recevoir une plainte dans les huit jours suivants d'une autre perte ou d'un vol de ceinturon, car pour moi, vous en seriez le seul responsable ». Denis en sortant de son bureau lui avait fait l'honneur d'un salut franc et d'un magnifique demi-tour réglementaire tout en claquant des talents comme le capitaine aimait l'apprécier ce qui était pour lui une grande marque de respect

Denis avait vite assimilé le conseil à peine voilé de l'officier, il alla de ce pas faire un tour à l'étage de l'autre bâtiment de la 1re compagnie pour ne pas éveiller les soupçons d'une nouvelle plainte. Les nouvelles recrues étaient tout au réfectoire en tenue sanitaire en survêtement, la chasse ne dura pas longtemps Denis avait vite remarqué qu'un ceinturon était sur un pantalon de treillis posé sur un lit d'une chambrée, il s'informa avant que l'étage soit complètement vide puis alla se servir.

Denis a profité de sa dernière permission pour faire des vendanges pour se faire de l'argent de poche pour sa prochaine libération.

Octobre 1968 Denis pour sa longue permission libérale de 20 jours pour aller effectuer les vendanges chez les parents d'un collègue militaire à Matha pays du cognac dans le domaine de Brugerolle, le maître d’œuvre de ce merveilleux cognac Napoléon Aigle Rouge qu'aucun vendangeur ne pouvait s'offrir, surtout Denis qui devait se reconstituer une sérieuse cagnotte pour sa libération pour assumer son unique projet après l'armée. Denis occupait le poste de coupeur pour ne pas à revivre l'épisode trois ans en arrière de Saint-Léger avec la hotte. (voir au fond du village chapitre n°6 des vendanges)

La famille de son collègue n'avait rien de comparable avec ce tordu de Mirouleau, les personnes étaient plutôt sympathiques, la table y était bien garnie de savoureux plats. Ils avaient fait en sorte que le séjour soit très agréable tout en travaillant.

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N°12. En automne dans la forêt des curieux champignons oxydés sortaient des abysses de la terre.

Nous sommes dans le dur de l'automne aujourd’hui le chef nous a réservé pour la section une curieuse cueillette aux champignons dans la forêt de la Braconne, nous devions rassembler les obus de la dernière guerre qui sortaient des abysses de la terre qu'il fallait rassembler en tas pour les artificiers, Denis n'était pas très à l'aise avec ce genre de manipulation surtout en voyant ce qu'un obus avait pu effectuer, cette énorme fosse de la profondeur d'un immeuble de six étages que les arbres avaient investi, car la nature avait horreur du vide. Du bord de la fosse, on pouvait toucher la cime de ces arbres qui offraient une curiosité unique dans cette forêt.


N°13 Denis est envahie par un spleen et d'une grande solitude, depuis une semaine ses collègues de la 67-2C ont retrouvé la liberté sans lui.

En février 1969, le service militaire tirait à sa fin presque tous ses camarades, les sages, les vertueux, les fayots, les exemplaires de la classe étaient déjà libérés, depuis une bonne huitième de jours, Denis devait encore rester deux mois supplémentaires jusqu'à la fin avril suite à ses arrêts de rigueur.
Le capitaine Haddock, entre un poker et son verre de Cognac n'avait pas abandonné Denis à son sort discrètement, il essayait de trouver une parade pour sortir ce fauve de sa cage qui commençait à tourner en rond. Un après-midi, le capitaine le convoqua officiellement pour lui faire part de son avancé, il lui avait trouvé une place pour partir presque immédiatement faire un stage de formation de trois mois au centre de la F.P.A de Liévin dans le Pas-de-Calais pour obtenir une formation de boiseur pour consolider les galeries des mines à charbon.

Denis fut interloqué de cette proposition qu'il trouvait franchement pourrie sachant que les mines vivaient leurs dernières heures et qu'il n'avait pas l'intention de travailler dans une mine qu'il avait déjà donnée à la tuilerie de Fontafie pour ce genre de boulot au confinement hautement poussiéreux et irrespirable.

Le capitaine au visage de marbre, seul le nuage de son havane pouvait trahir son agacement à la réaction de Denis qui préférait faire deux mois d'armée supplémentaire que d'accepter ce stage que lui pourtant trouvait franchement génial, car il tombait à pic. Voyant que Denis ne percutait pas et qu'il restait sceptique pour accepter ce stage, la voix du capitaine n'était plus qu'un chuchotement comme si son bureau était sur écoute, il lui expliqua que l'intérêt de ce stage ne l'était pas pour sa formation, son seul attrait, c'était sa date qui permettait à Denis de quitter la caserne immédiatement au lieu d'attendre les deux mois. Le capitaine sentait bien que Denis avait une certaine réticence de partir dans les mines, le capitaine avait compris qu'il fallait qu'il élimine la crainte qui l'accablait, il le regarda avec ses yeux rassurant en s'exprimant dans un chuchotement encore moins perceptible, il lui serra le bras avec tendresse, et il recommença avec une parole intérieurement persuasive tout en restant pondéré, dans sa nouvelle formulation, « soldat Denis ! Je vous en conjure ne fermez pas cette porte définitivement que j'ai pu vous ouvrir avec ruse pour vous libérer rapidement. Quand vous serez définitivement libéré, vous irez bien où vous voulez et si la F.PA nous signale votre absence pour le stage, nous n'allons pas vous envoyer à vos trousses la DST ou les gendarmes pour vous contraindre manu-militari d’effectuer cette formation, une fois votre libération acquise, l'armée n'aura plus aucune subordination à votre égard » . Le visage de Denis venait de s'illuminer, il était radieux avec quelques larmes de joie qu'il effaça immédiatement avec sa manche pour rester face au capitaine un homme, digne et solide. Il accepta immédiatement la proposition du capitaine qui en réponse faisait percevoir son soulagement en lui serrant un peu plus fort son bras qu'il n'avait pas lâché durant tout l'entretien.

Chez le capitaine Haddock tout était en stratégie avec l'élégance et une rigueur à fleurets mouchetés, pour contourner des décisions que certains bourrins sous-officiers s'acharnaient à imposer avec célérité et une sévérité impitoyable au nom d'une discipline d'un autre âge d'avant 1968.

Denis prit congé en l'honorant d'un formidable demi-tour règlementaire tout en le saluant énergiquement et bruyamment, le capitaine ne laissait rien paraître, il avait seulement placé l'index de sa main droite à la verticale de sa bouche pour lui faire comprendre qu'il ne devait surtout pas le remercier et que le contenu de cette entrevue ne devait pas sortir de son bureau sous aucun prétexte. 

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La suite N°14 Respect mon Capitaine.