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N°7 Une subite appendicite qui a transformé la prison en un séjour de rêve à la plage de Collioure et de Port-Vendres.

C'est grâce à une crise d'appendicite fulgurante que Denis a évité son enfermement en prison pour une durée d'un mois.
Il fut le premier surpris quand ses deux copains infirmiers de sa classe l'avaient convoqué en urgence dans l'après-midi du dimanche à l'infirmerie, ses copains l'avaient alité pour une soi-disant douleur brutale aux bas-ventres. Le dimanche soir alors que le médecin militaire du camp n'était pas en service, les deux infirmiers invitèrent Denis à s'allonger sur le brancard de l'ambulance Renault 4x4 militaire pour l'emmener aux urgences de Girac. Vingt-quatre heures plus tard Denis reçut la visite du commandant chirurgien militaire qui avait l'air satisfait de son opération comme s'il venait de sauver la vie à Denis, il lui confirma preuve en main dans un petit flacon de liquide transparent son appendice coupable, d'après le chirurgien elle était vraiment moche à la limite de provoquer une péritonite, ce qui étonna fortement Denis qui n'avait jamais ressenti aucune douleur auparavant... Les sœurs avaient laissé place à des vraies infirmières en l'espace de trois ans du dernier séjour de Denis pour l'intervention d'une hernie. ((épisode n°14))

C'est quelques jours après son opération que Denis fit connaissance du dentiste, suite à une insoutenable rage de dents, le commandant décida de prendre un rendez-vous en urgence, au cabinet dentaire militaire d'Angoulême. Le dentiste était un appelé aspirant étudiant dentiste qui effectuait sa période militaire en tant que patricien dans le cabinet dentaire de l'armée. C'était surtout un frimeur de première qui se rendait dans le cabinet au volant de son alpine Renault bleue dans une tenue débraillée ni civile ni militaire, ce monsieur ne soignait pas les dents cariées, il les éliminait systématiquement, sans anesthésie l'arrachage était violent et viril, il était insensible aux douleurs et il ne voulait surtout pas entendre les gémissements de ses patients. Denis en limite du supportable de l'extrême torture tel à un fauve s'est levé d'un bon en lui retournant fermement le bras pour lui faire lâcher illico sa roulette sifflante qu'il utilisait plus comme une arme de torture qu'un instrument pour soulager. Denis refusa de retourner chez ce boucher et le fit savoir au capitaine Haddock, de toute façon le dentiste ne pouvait plus exercer pour un bon moment avec son bras en écharpe. Le capitaine accorda à Denis par la suite plusieurs autorisations pour qu'il puisse se rendre en train au cabinet dentaire de l’hôpital militaire Robert Piqué de Bordeaux en plus il pouvait flâner le reste de la journée en quartier libre dans cette belle ville.

Les deux semaines passées à l’hôpital de Girac le chirurgien avait bien compris que Denis n'était pas pressé de retourner à la caserne, alors qu'il n'avait nulle part pour passer sa convalescence de quatre semaines et comme il était exempté de service, il ne pouvait pas non plus effectuer sa sanction. C'est le commandant chirurgien qui proposa une solution en accord avec le capitaine haddock le DRH et l'assistante sociale des orphelins de la caserne, il envoya donc Denis en villégiature pour la durée de sa convalescence au centre de vacances militaires de Port-Vendres. Denis eut un soulagement d'avoir permuté son emprisonnement à une période de vacances pour une vie de liberté civile. Il avait laissé le treillis, les chaussures et la tenue militaire pour le survêtement et les espadrilles et le maillot de bain, seules les heures de repas et de la fermeture du foyer à minuit était réglementé. Denis était heureux de vivre cet interlude.

Le capitaine DRH appréciait le parfait salut militaire avec le claquement des talons l'un contre l'autre, des rangers cirés à la graisse de phoque et astiqués aux bas Nylon une matière qui n'était pas évidente à trouver dans ce lieu de mâle, le bruit des chaussures devait être synchro avec le claquement de la main droite retombant sur la cuisse. Il avait une barbe bien fournie et très noire comme celle du capitaine Haddock, lui, il avait adopté le gros cigare au lieu du fameux brûle-gueule, il avait des gros barreaux de chaise qu'il achetait au mess des officiers en détaxe, son bureau était envahi de cette fumée âcre venant de ses cigares fumigènes trop vert. Il n'était certainement pas un stratège des champs de bataille, surtout en période de paix, mais il était un fin limier du poker, très redouté au mess des officiers où il passait beaucoup d'après-midi avec son verre de Cognac Napoléon Aigle Rouge Léopold Brugerolle à la main et son cigare à feu continu de l'autre main en entendant 17 h 30 heures que le bus vert de l'armée le déposa devant sa porte.

Les quatre semaines écoulées, c'est avec difficulté et amertume que Denis dut réintégrer la caserne où l'attendaient de pied ferme les sous-officiers revanchards. Ils avaient tous pour consigne de tenir dans leur ligne de mire Denis. Toutes les crasses n'avaient pas de limites même pendant les quartiers libres, après le repas du dimanche midi, il le mettait d'office volontaire à la corvée du réfectoire et de la plonge pour bien lui plomber son dimanche après-midi. Ou il était aussi consigné comme piquet d'incendie, ce qui consistait à rester au point le plus proche d'un extincteur ou d'une pelle, d'une pioche et d'un seau métallique rouge sur une durée de 48 h à attendre une fausse alerte d'un incendie que l'officier de permanence pouvait déclencher à tout instant à sa guise pour être sûr qu'il avait bien foiré le week-end des permanents. Quand il n'envoyait pas encore Denis prendre le tour de garde d'un collègue qui était censé savoir jouer au tarot pour compléter l'équipe de l'officier.



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N°8 Une absence de 3 heures pour se rendre à un lavomatique en ville, pouvait être considérée comme une désertion.


Les deux jeunes enfoirés des engagés étaient encore des maréchaux des logis chef ils passaient beaucoup de temps à frimer dans une voiture Triumph Spitfire blanche, ils nous refaisaient la série Starsky et Hutch en petites frappes ce samedi après-midi, ils viraient vers les quelques bars à putes datant des vestiges de la splendeur de l'occupation des Américains quand ils avaient quartier libre de leur forteresse de La Braconne, les soirées dans ce quartier étaient très chaudes entre femme et alcool de la vieille ville d'Angoulême d'ailleurs, elles se terminaient souvent à coups de baston entre Américain et Français. Le lavomatique était placé entre deux bars à putes, ce qui permettait à Denis pendant le programme du lavage d'aller faire un brin de causette avec Luna la patronne du bar de droite. Qu'il appréciait particulièrement. Luna, devait avoir une bonne quarantaine d'années, sa gentillesse et son savoir sans limite séduisaient fortement la curiosité de Denis, bien sûr, qu'elle avait quelques heures de vol, elle était dans le même état qu'une neige trafolée d'une piste du ski en fin de journée, pourtant son visage asiatique rond avec la face plate et la prunelle de ses yeux aussi noirs que de l'encre de chine, la frange de ses cheveux noirs embellissait son visage espiègle deux tresses descendaient jusqu'en bas du dos dont les extrémités étaient nouées par deux larges rubans rouges qui avaient la forme d'un papillon. Son maquillage était un peu trop excessif et accentuait son allure cabaret.

Elle avait de belles jambes et elle ne l'ignorait pas, elle les mettait en valeur en les exhibant à porter des jupes de midinette bien trop courtes pour l'époque et pour son âge. Pourtant, Denis n'en avait rien à foutre de son accoutrement, et de son style qu'elle voulait bien se donner pour son artifice, lui il savait qu'il pouvait compter sur elle en cas de pépin et cela était le plus rassurant pour lui. Quand elle était libre, elle l'invitait à boire le café, ou à partager son repas, elle lui racontait ses quelques rencontres extravagantes, accompagnées souvent de quelques fantasmes qui n'aboutissaient pas tellement qu'ils étaient improbables. Surtout avec des habitués du style de ce quinquagénaire qui se nommait monsieur Lelièvre qui portait magnifiquement bien son nom, il arrivait toujours avec plein de fantasmes dans sa tête, mais que son sexe, hélas, ne pouvait contenir plus longtemps, entre la savonnette et les mains expertes de Luna, il se lâchait dans le lavabo en se cramponnant après ses épaules en maugréant de bonheur et de soulagement. Il venait de faire l'impasse sur toutes les positions de Kamasutra qu'il voulait mettre en œuvre. Il repartait penaud mais heureux sans avoir pu atteindre le lit de ses fantasmes.

De retour d'une mission de trois semaines, Denis apprit que Luna était hospitalisée suite à un accident de la circulation en descendant par l’arrière d'un bus Citram une voiture venant en sens inverse l'avait projetée sur son capot. À l'hôpital de Girac, Denis lui rendait souvent des visites en fraude. Il avait suspendu Luna sur son lit, son corps était recouvert d'une coque en plâtre jusqu'au cou, elle souffrait beaucoup de cette position inconfortable. Deux mois plus tard, l'hôpital l'avait envoyé dans un centre de rééducation vers Biarritz pour achever sa guérison. Denis continuait régulièrement à venir faire sa lessive en croyant à la réapparition de Luna, mais hélas son bar persistait à rester fermement fermé et muet sur sa disparition, ce qui laissait Denis dans une âcre et impuissante amertume.

Pendant les permissions, quatre-vingt-dix pourcents des appelés confiaient leur linge sale à leur famille, à la caserne il n'existait qu'une seule solution pour effectuer sa lessive, c'était sous la douche avec un balai-brosse, ce qui n'était pas merveilleux pour obtenir une réelle propreté ensuite, il fallait encore imaginer mille astuces pour le faire sécher, comme placer le pantalon sous le matelas pour qu'il sèche la nuit sans être froissé.

Ce samedi après-midi alors que Denis déambulait en ville en tenue de combat sous son bras son barda de linge, il fut très vite repéré par les deux frimeurs Hutch et Starsky sans aucune interpellation, pour s'informer sur une autorisation ou un motif quelconque de sa présence en ville dans cette tenue. Ils étaient trop faux culs pour le faire, ils avaient choisi la dénonciation pour se faire mousser auprès des officiers.

La lessive effectuée Denis regagna le camp en auto-stop par la route d’Angoulême vers Limoges, la nationale N° 141 était une ouverture discrète vers le monde libre pour les appelés, cette route revêtait la légende de pouvoir embarquer en auto-stop aux quatre points cardinaux sans laisser percevoir une destination. D'ailleurs, en 1945, nos libérateurs s'étaient installés de l'autre côté de cette voie, car pour eux, il était évident que cette nationale n'était que le prolongement de la route US 66 en partant de chez eux pour aller vers l'Occident. En 1967, le président De-Gaulle mit fin à leur villégiature toujours plus dominante et entreprenante et imposante en France, c'était une principauté entièrement autonome au milieu d'un État. La réaction des Ricains fut assez violente suite au coup de pied au cul du général.
Pour s'en convaincre, il suffisait d'aller visiter dans quel état des lieux de la caserne qu'ils ont libéré, les intérieures des bâtiments étaient complètement ravagés, saccagés, broyés, inutilisables, les sanitaires et leurs canalisations bouchées aux bétons seuls les murs extérieurs et le distributeur des canettes de Coca était encore épargné. Les Ricains n'avaient franchement pas aimé ce retour au bercail aussi brutalement. Pourtant, il fallait bien qu'un jour que cela cesse, s'ils ne voulaient pas à leur tour devenir eux aussi des occupants non amicaux de notre pays. La France ne pouvait pas non plus être redevable à vie de son territoire à nos sauveurs.

Les automobilistes de la nationale N° 141 étaient habitués à voir les militaires, ils s’arrêtaient presque tous immédiatement pour nous prendre dans leur véhicule. Durant toute la période des 16 mois de son service militaire Denis avait pris place sur tous les moyens de locomotion du deux-roues, motos, Vespa, Lambretta, Motoconfort ou tous les types de véhicule de la 2 cv à la Porche 911. Cerise sur le gâteau certaines conductrices savaient être irrésistibles, même si parfois elles avaient deux fois l'âge de Denis, certaines étaient en mal d'amour, proposaient une halte dans des clairières discrètes, d'autres généreuses, au retour elles lui offraient, un plat dans l'estaminet du village des Favrauds juste avant la caserne, le steak frites y était servi généreusement, la viande y était sincèrement succulente et fondante, quant à la carafe de rouge elle était systématiquement resservie avant de l'avoir totalement terminé.
L'entrée à la caserne pour Denis se faisait souvent par des accès dérobés à travers la forêt afin de contourner l'entrée principale pour ne pas à avoir à justifier d'une autorisation de sortie. En plus, le raccourci par la forêt donnait directement sur le parc à camions qui jouxtait le bâtiment de la 2e compagnie où Denis était affecté.
Le retour de la lessive s'était apparemment bien passé aucun gradé de permanence n'avait pas constaté l'absence de Denis, il était proche de 18 heures pour le rapport, c'était le moment qu'il ne fallait surtout pas rater

C'est à 19 heures au réfectoire que le mdlc Chauteau est venu cueillir Denis accompagné de deux sentinelles en armes, il l'invita subito presto à les suivre, comme à son habitude, il aboyait toute sa haine tout le long du parcours pour atteindre le poste de garde. Sans aucune autre forme, Denis a été mis aux arrêts de rigueur à la prison et comme le disait mécaniquement cet abruti « pour le motif, il fera jour demain, pour régler définitivement vos envies d'évasions pour le moment vous resterez là bien au chaud ». Denis avait compris que c'étaient les deux frimeurs qui étaient ses délateurs, ils avaient fait un rapport à l'officier de la semaine en l'obligeant à agir, car il était inadmissible qu'un appelé puisse être dans la nature au contact de l'ennemi civil qui n'était dans ce cas qu'une machine à laver. Deux jours plus tard, alors que les petits chefs cherchaient encore un motif disciplinaire cohérent qui pouvait s'appliquer à cette nouvelle situation que Denis l’insoumis venait encore de leur offrir. Il passait en revue tous les motifs, la désertion, l’abandon de poste, une sortie en quartier libre sans autorisation, sous les képis ça chauffait grave ! S'ils retenaient la désertion, la sanction était traduite à des arrêts de forteresse, heureusement que le matin du grand jugement le capitaine Haddock était de bon poil, il était intervenu en faveur du conducteur Denis en justifiant « que de s'absenter 2 à 3heures pour aller en ville pour effectuer une lessive dans un lavomatique tout en sachant que l'armée était incapable de lui mettre à disposition une machine à laver. Même au pire, si cette absence était répréhensible, elle ne pouvait pas être assimilée honnêtement à une désertion ». Denis s'en était sorti avec un rappel au règlement de la caserne appuyé quand même de huit jours d’arrêt simple dormir uniquement en prison et d'effectuer des corvées, ce qui ne changeait pas beaucoup pour Denis du menu de ses occupations hors période d'une sanction.

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N°9  C'est la chienlit dehors à l'intérieur de la caserne c'est le fort Knox, les fusils vont-ils sortir ? Ouf ! Non, ce seront seulement les bisous des mamies bordelaises qui accueilleront les soldats du GT 515. 

Mai 1968 toute la caserne est consignée plus personnes ne peut sortir du camp. La grande question, était où, « irons-nous ou pas, dans la rue faire front aux manifestants... ? » La presse n'était plus lisible à l'intérieur de la caserne, la censure était de partout Paris-Match était considérée comme un vrai poison, pour nos officiers les photos n'étaient que provocations et la pub pour la chienlit seule la revue TAM de l'armée avait le droit de circuler, il ne fallait surtout pas que les troufions puissent savoir, et qu'ils n'aient surtout aucun avis. Denis était informé des évènements sur Paris grâce à son amie Raymonde qui était complètement effrayée de la tournure de ce tohu-bohu elle lui envoyait des coupures de presse par courrier.
Un détachement d'une brigade d'une quinzaine de soldats dont Denis faisait partie, enfermer pendant deux semaines dans un dépôt de munitions pour faire de la présence, rondes, miradors et grands projecteurs pour la nuit, ils ne leur manquaient que les chiens et les balles dans les fusils toutes les deux heures, présentation de la garde montante et descendante, la montée et descente des couleurs quotidiennement, il fallait impressionner la trentaine de civils qui travaillaient à l'intérieur du dépôt.

Alors que les appelés n'étaient que des marionnettes avec des fusils Mas 49 vides, cela était aussi risible que le gendarme de guignol qui menace l’assaillant avec son gourdin. Le seul ennemi que Denis ait pu rencontrer sur cette période n'était que ce vicieux d'adjudant, le chef du dépôt qui rôdait surtout la nuit pour surprendre une sentinelle endormie ou assise pour le déposséder de son arme pour après lui infliger des arrêts de rigueur pour avoir laissé son arme à l'ennemi, il était facile pour lui de se prendre pour un Rambo sachant que les armes sans munitions n'étaient pas un gros risque pour lui. Nous aurions été certainement plus dangereux armés d'une batte de baseball. Sauf que ce grand nigaud d'adjudant n'avait pas prévu qu'il suffisait d'entrer dans un entrepôt et de se baisser pour ramasser des balles réelles non percutées de tous calibres dont celles qui allaient dans nos FSA Mas 49 et que chaque sentinelle en possédait au moins une dans sa poche en souvenir de cette mission.

Un soir, alors que le chef du dépôt de munitions nous a bien chauffés pour nous mettre en condition de vigilance en nous informons que des extrémistes rouges de gauche avaient projeté de faire un coup d'éclat dans un des établissements de l'armée du département, s'en prendre à notre dépôt cela paraissait peu probable mais l'adjudant avait quand même réussi à nous faire flippers pour le week-end complet les nuits suivantes le chef de la brigade avait doublé les sentinelles, la nuit du dimanche Denis était en binôme pour assumer une ronde de surveillance ; Quand il vit apparaître une discrète lueur provenant d'une torche à l'arrière d'un grand talus de terre servant d'écran de protection en cas d'explosion d'un bâtiment. Comme il en était l'usage Denis demanda d'abord le mot de passe de la journée pour se reconnaître entre eux  qui était « le perroquet est éloquent aujourd'hui » »sans réponse Denis hurla alors les sommations qui restaient sans effet aussi, le collègue de Denis qui venait du sens inverse persuadé que cette fois, nous avions affaire à une réelle intrusion, Denis entendit le bruit particulier de la manipulation de la culasse du fusil de son collègue dans un fracas métallique pour y loger certainement une balle récupérée pour tirer en l'air afin d’effrayer l'intrus, mais le bruit de la manipulation avait déjà fait son effet une voix paniquée se fit entendre, suivi d'un mouvement de torche qui allait de gauche à droite, Denis venait de reconnaître cet hurluberlu d'adjudant, le chef du dépôt, de son placement le collègue de Denis pouvait le distinguer sans pour autant calculer l'intrus qu'il tenait toujours en respect avec son fusil en l'air réellement armé l'index sur la détente, Denis lui fit signe discrètement que sa cible portait une barrette sur l'épaule et il lui fit aussi comprendre qu'il devait éjecter discrètement sa balle illicite qu'il avait logée dans son fusil. L'adjudant une fois sorti à découvert avait vraiment cru la version du collègue qu'il avait fait seulement semblant d'armer le fusil en manipulant la culasse pour effrayer l'intrus. L'adjudant avait trouvé ce geste astucieux et qu'il paraissait aussi authentique d'un armement. L'adjudant félicita les deux sentinelles de leur sérieux sur la surveillance du dépôt il est reparti à pied en direction de l'unique entrée.

Aucune personne du dépôt et de la brigade n'a jamais su ce qu'il c'était réellement et faillit se tramer cette nuit-là les deux sentinelles avaient des vraies balles de 7,5 sur eux. Denis et son collègue, étaient à 2 secondes près sur le point d'obtenir la pire des distinctions « la fourragère noire ». Les nuits suivantes, l'adjudant s’annonçait au poste de contrôle et circulait dans ça 403 pick-ups les phares allumés tout pépère sans faire du zèle à essayer de surprendre une sentinelle. La brigade était à peine rentrée de cette mission qu'il fallait déjà repartir vers un nouvel horizon plus brillant qu'un dépôt de munitions qui n'était qu'une prison sans contact avec l'extérieur.
Denis et ses collègues repartaient avec une vingtaine de GMC pour Bordeaux en mission pour le ramassage des poubelles ou effectuer le remplacement des bus en grèves qui empêchaient les personnes de la proche banlieue de se rendre dans le centre-ville. Denis, avait été affecté à la conduite d'un camion GMC au ramassage des usagers des bus en grève, accompagné de deux collègues, qui avaient la charge d'aider les usagers à monter et à descendre du camion, la ligne de bus qu'ils devaient assumer, partait de la place des Quinconces à Pessac. Ce fut un beau moment de vie avec les Bordelais qui nous avaient témoigné une chaleureuse rencontre de cette belle mission que l'armée savait parfois faire, de ces merveilleux moments de fraternité et de solidarité entre militaires et civiles. Le seul point noir du trajet qui était chahuté, était situé à un arrêt de bus face à un dépôt du bus, les grévistes n'appréciaient guère cet arrêt, qui pour eux n'était qu'une pure provocation de l’armée.

À chaque passage, le camion était pris pour cible œufs, graviers et insulte l'ensemble volait dru. Denis avait fait remonter à sa hiérarchie cette mauvaise idée de l'emplacement de cet arrêt afin de le décaler pour éviter l'embuscade de la part des grévistes. La réponse fut négative, il n'était pas question de déroger au plan qui avait été imposé par le préfet. Les Bordelais qui n'étaient, d'après les ouï-dire qu'une bourgeoisie coincée et pas très chaleureuse avec les inconnues. En cette période agitée, ils étaient des personnes remarquables d'une franche gentillesse et bienveillantes envers toute l'équipe, ils ont été très généreux sur toute la période de la mission de deux semaines, jamais l'équipe n'avait été aussi blindée, par les pièces et les billets de 5 francs de la part des usagers de la ligne.En fin de soirée Denis avec ses deux collègues mettaient leurs pourboires dans un pot commun pour organiser un bon resto en fin de la mission.
Le dernier soir de la mission, l'adjudant avait décrété un quartier libre pour toute la brigade Denis et ses deux compères de mission décidèrent de faire équipe pour profiter de ce quartier libre, pour trouver un restaurant puis après terminer le solde et la nuit dans un de ces très nombreux estaminets bucoliques dans les quartiers chauds du vieux port dans les bars à fleurs, les trois papillons nocturnes qui étaient dans un certain manque d’affects étaient prêts à butiner la première fleur à porter de leurs trompes étaient déjà bien déroulés, le mousseux était infâme et le parterre floral un peu trop épanoui, mais le solde de la modeste cagnotte de nos trois papillons avait tôt fait de changer de mains, tout en n'étant pas complètement repu ils auraient bien aimé un peu plus de générosité et de tendresse au butinage des corolles de ces fleurs mais hélas elles n'avaient que de la tristesse d'un chrysanthème après l'automne passé, avec la senteur froide du camélia...

Pendant ce temps, les jeunes Bordelais qui n'étaient pas d'un tempérament enragé eurent une sérieuse envie de répondre à la bravade par un caillassage bien fourni, en direction des CRS qui étaient sans cesse dans la provocation.
La brigade du GT 515 était logée dans la caserne du centre de la ville qu'elle partageait avec les CRS, ils n'étaient franchement pas d'humeur courtoise pendant les pauses, fallait voir comme ils snobaient les militaires, ils se cantonnaient entre eux et hors de porter des autres locataires pour ne pas à avoir à pactiser avec des appelés militaires qui pourtant apportaient, eux aussi leur pierre à l'édifice vacillant de la république. Il est vrai aussi que les militaires eussent dehors un rôle plus sympathique que de rétablir l'ordre à coups de matraque bondissante dont certains CRS distribuaient avec beaucoup de défoulement et de générosités ce qui serait presque logique sachant quand ne fait pas ce travail le maintien de l'ordre public en distribuant des bonbons ou des roses. L'armée avait eu cette fois l'habit du casque bleu venant plutôt à l'aide des civils pour compenser les administrations défaillantes dans leur fonction régalienne que l'armée devait compenser comme le ramassage des poubelles, les transports en commun, le nettoyage des espaces publics dans ce grand capharnaüm des grandes villes.

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La Suite N° 11/12/13/ Ils se lèvent tous pour le capitaine.