Mon capitaine un train peut en cacher un autre. Bienvenue au GT 515 de 1968 du camp de la Braconne.

Quand les hommes de guerre sont en période de paix, ils chassent l’ennui en donnant des ordres stupides ou en distribuant des corvées, et des arrêts simples ou de rigueurs, avec la même opiniâtreté que de détacher les boules tricolores sur un collier du Club-Med pour payer une valeur disciplinaire à cet en casernement obligatoire.

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N°1 Denis encasernait en semi-disciplinaire à vécu cela comme une trahison, tout comme une incarcération injuste, pour cette longue période d'octobre 1967 à mars 1969.

À l'arrivée à la gare d’Angoulême à peine Denis venait à peine de poser les pieds dans le hall en direction du buffet pour aller prendre un café qu'il fut littéralement happé par deux militaires en tenue de combat, l'un d'eux autoritairement lui arracha de sa main son ordre de mobilisation en cochant son nom sur la liste de présence que, déjà, il était accompagné manu militari vers l'un des deux GMC débâchés. Tout ce déploiement viril avec cette précipitation était conditionné volontairement pour créer l'effet de surprise, pour éviter que certains jeunes appelés récalcitrants dans un dernier sursaut ne partent vers une autre direction plus accueillante comme reprendre le train en sens inverse.
Avant ce fameux jour, Denis avait effectué les trois jours à Limoges, il avait formulé le vœu de partir loin de cette maudite Charente pour les DOM-TOM ou en Afrique et voilà qu’aujourd’hui, il était engagé dans la caserne la plus proche au milieu d'une forêt de son domicile à une trentaine de km, au camp semi-disciplinaire du GT515 de la Braconne de l'arme du train avec son blason de cette gazelle bondissante sur l'Afrique avec élégante et rapidité telle en serait sa devise dans cette forêt charentaise. Denis avait vite analysé que sans le piston, il était impossible d'obtenir un choix désiré, et que souvent par vacherie, on obtenait plutôt son contraire, comme celui de vous envoyer aux DOM TOM ou en Allemagne quand vous vouliez rester proche de chez vous.

Deux heures plus tard Denis s'est vite retrouvé avec un énorme paquetage de vêtements aux tailles aléatoires qui transformaient la recrue en un affreux épouvantail bien loin d'une tenue militaire à celle de l'armée de l'air ou de la marine. Les ustensiles, gamelles, casques lourds et légers tout l'ensemble du bon soldat sur le dos et toujours en file indienne la suite à été le passage entre les mains des experts de la tondeuse à mouton une intervention qui gommait toute l’esthétique de chacun et les distinctions sociales tous repartait avec la boule à zéro la tête presque uniforme, seuls les oreilles et le nez et les yeux permettaient encore de faire une distinction. Le pire était à venir de laisser sa pudeur sur le seuil de la douche et pour certains ce n'était pas si évident, alors qu'ils essayaient avec l'aide de leurs mains de cacher leur sexe de la vue de leurs voisins voyeurs, de ce monde de mâles de vingt ans en pleine zénitude de virilité que l'armée allait vite essayer de tempérer avec du bromure dans la nourriture et la boisson. Maintenant le seul critère qui mesurait la virilité chez un homme était l'apparence et l'importance d'une dimension d'une bite. Les différences étaient parfois sidérantes entre ceux qui possédait un anaconda bien embarrassant et ceux qui avaient gardé le sexe de leur adolescence, pour ces derniers, il leur sera difficile de contenir les railleries de leurs collègues qui les nommeront de bistouquette pendant toute la durée de leur service militaire.

Denis ressentait cet internement en semi-disciplinaire comme une trahison, une incarcération injuste, lui qui avait pendant toute son adolescence évitée de faire trop de chahut dans la société pour éviter d’effectuer ce genre de séjour, comme la maison de correction qu'on lui rappelait comme un spectre à chaque écart de conduite.
Les bizutages d’accueil allaient bon train et parfois, ils étaient sévères et brutaux de la part des anciens, les grenades de plâtre paraît-il inoffensif faisait partie de leur arsenal des réjouissances. Quand elles explosaient dans les chambrées, les jeunes recrues se retrouvaient dans un nuage blanc opaque et suffoquant, à l'intérieur d'une pièce, c'était impressionnant une fois le Fog levé, tout était blanc, le mobilier, les armoires, les lits, étaient recouverts uniformément d'une poussière de plâtre qu'il fallait éliminer avant le passage d'un sous-officier ou officier qui comme par hasard pointait son képi juste après l'attaque. C'était toujours les victimes qui étaient sanctionnées dans ces cas-là.

La répression était sévère la suspension des permissions faisait partie du programme de rétorsion. Parfois, des recrues étaient blessées au visage à la suite de l'éjection de la cuillère de la grenade qui pouvait effectuer des coupures profondes au visage ou au bras qui le protégeait par réflexe, pour la couture fallait passer par l'infirmerie et souvent la douleur y était encore plus terrible. Les victimes de l'embrouillamini étaient nommées ensuite comme volontaires d'office pour exécuter les corvées de la semaine. Malgré les rétorsions à tort que les jeunes appelés subissaient les anciens ne désarmaient toujours pas, ils s'en prenaient à leurs mobiliers, ou directement aux personnes, chaque soirée était une succession de conneries, les lits faits en portefeuille où ils attendaient que la personne soit dans le lit pour lui lever à la verticale dite en cathédrale en le laissant dans cette position, dont il était impossible de se sortir de ce piège sans l'aide d'un collègue pour être libéré de ce maillotage dans les draps. Un autre soir, c'était un groupe de six personnes qui se jetait sur l'appelé le plus pudique, ou le plus guindé pour lui passer la bite au cirage.

Au bout d'une quinzaine de jours, les jeunes recrues étaient saturées et lassées des actions coup de poing à répétition de ses anciens proches de la quille libératrice. Une nuit, c'est une dizaine de bizuts formés en commando qui sont passés à l'attaque, chacun avait son quart rempli de son urine, ils firent irruption sans bruit comme des serpents rempants sous les lits pour déverser leur urine dans les rangers ou sur les lits. Le matin, en se réveillant, ils n'avaient pas très bien compris pourquoi leurs lits étaient humides et puaient la pisse, c'est ensuite en enfilant leurs chaussures qu'ils eurent le deuxième effet kiss cool en sentant que leurs pieds trempaient dans un jus fétide et rémanent. C'est ainsi que cessera immédiatement toutes les bravades des anciens.

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N°2 Une visite agréable dans les abysses de l'ennui.

Le premier week-end, nous étions tous consignés sanitaires, la fameuse vaccination DTP tous à la queue leu-leu et au suivant, au suivant comme chantait Brel, un premier passage pour placer l'aiguille puis le second pour injecter le sérum qui provoquait un mal de chien une vive douleur dans l'épaule. Ce week-end Denis fut surpris d'avoir une visite seulement huit jours après son affectation dans la caserne d'ailleurs, ce fut la seule visite pendant ses seize mois d’armée. Au poste de garde de l'entrée, Denis fut surpris de voir le papa du gentil Alain que tout le monde fuyait de la bande tellement qu'il était trop beau, irrésistiblement les filles étaient attirées par lui comme dans un champ magnétique. Son père avait l'exclusivité d'assurer toutes les Mobylettes de la bande de son fils. Il s’empressa d'offrir à Denis un demi au bar face à l'entrée de la caserne, il s'était spécialement déplacé de Mouthier à 35 km, uniquement pour rembourser un reliquat de 80 francs dus à la vente de la Flandria. Denis face à cette initiative et à cette délicatesse fut quand même fort ému, décidément son ami Alain était verni avec sa belle gueule d'ange, et le meilleur, il avait un papa qui avait une belle probité, il était sincèrement classe ! De rencontrer dans sa vie, ce personnage en ce moment précis de l'enfermement, cela vous redonne la foi pour croire encore à l'humanité.

N°3 Enfin, c'est la confirmation, les bleus de la 67-2c ont obtenu le statut de soldats.

 
Trois mois plus tard, Denis n'avait toujours pas pu obtenir officiellement une permission pour sortir de cette caserne. Certainement pour éviter que des jeunes recrues pleines de vague à l’âme ne profitent de cette première pour effectuer une tentative de suicide à la maison afin de se faire réformer, il est vrai aussi que certains sous-officiers n'y allassent pas avec le dos de la cuillère pour ridiculiser ou outrager un jeune appelé sous le prétexte qu'ils devaient le former pour devenir un homme. Dans cette caserne, les instructeurs avaient laissé la pédagogie à l'entrée de la caserne et ne savaient comment tremper leur ennuie à tourner dans cette caserne en s’impatientant qu'arrive une émeute ou une guerre qui ne venait pas. Alors ils se vengeaient sur les appelés a leur faire faire des taches irréaliste quand elles n'avaient pas un caractère débile.

Les trois mois de classe étaient presque terminés Denis savait maintenant se présenter face à un képi en gueulant pour paraître un bon soldat viril, son nom, son grade, et son affectation. Il savait marcher au pas, faire un demi-tour réglementaire, manier les armes et atteindre une cible avec le FSA ou un MAS 49, le plus pénible n'était pas de tirer les cinq balles attribuées à chacun, c'était de passer après l'utilisation des heures à fourbir les armes, et toujours sous le contrôle de l'intraitable chef qui n'était évidemment jamais satisfait, il poussait la plaisanterie à utiliser un chiffon blanc pour confirmer la propreté de l'arme. Denis a passé son stage frac sans-souci, au milieu d'un convoi, la conduite en était simplifiée, il suffisait de suivre et de savoir-faire le double pédalage pour passer les vitesses non synchronisées et de savoir freiner par anticipation, car les GMC n'étaient pas équipés des feux stops et non plus de feux clignotants à l’arrière, et de tourner son volant suffisamment tôt et large pour anticiper le rayon de braquage. Ces camions GMC et jeeps n'étaient pas de première jeunesse, ils avaient déjà fait de nombreuses campagnes celle du Viêtnam et de l'Afrique du Nord.

La dernière touche finale pour clôturer le peloton des classes, le parcours du combattant avec sa planche irlandaise et sa fosse impossible à remonter, le cross des huit mille et la fameuse marche des 50 km dans la neige. Cette marche avait complètement cramé Denis, ses yeux étaient profondément cernés et il avait fait le plein d'ampoules aux pieds, il faut dire aussi qu'entre son sac à dos de vingt-cinq kilos plus son fusil sans compter sur la bonne intention du MDLC Chauteau toujours accompagné de sa chienne renifleuse des braguettes militaires, pour prouver son estime à Denis, il lui avait confié en plus le fusil-mitrailleur qu'un traînard ne pouvait plus porter au lieu de le placer dans la Jeep balai qui poussait les derniers du groupe vers le point de la pause en les traitant « couilles molles et de feignasses » par l'aspirant qui lui était confortablement assis dans le véhicule.
Les retardataires à peine venaient-ils d'atteindre le relais qu'ils devaient repartir illico sur les traces des premiers en marche, sans pouvoir souffler. À l'entrée du camp, le chef regroupait le peloton pour imposer encore un dernier baroud d'honneur, un véritable supplice de faire chanter le groupe à tue-tête pour traverser le camp surtout en marquant le pas sur place sous les fenêtres du pavillon du Colonel chef du corps, afin que ce cher officier assis confortablement proche de madame dans son canapé du salon puisse être rassuré que ses nouvelles recrues de la 67-2c étaient devenues de vaillants soldats et que Marianne n'avait plus aucune crainte à avoir sur la nouvelle relève, elle était bien là. À l'arrivée au seuil du bâtiment du peloton de la deuxième compagnie, les infirmiers attendaient le groupe pour effectuer sa distribution de cachets d'aspirine pour soulager les douleurs et surtout les ampoules des pieds et les toxines musculaires.

Après son baptême pour la conduite Denis avait obtenu son titre de conducteur à la place de celui de soldat. Ce qui ne gênait pas les sous-officiers qui avaient Denis dans le collimateur pour le déclarer toujours comme volontaire d'office pour monter les gardes autour du camp à répétition.

Cette marche ponctuait et devait aussi confirmer la moyenne des trois mois effectués pour évaluer la résistance des recrues afin d'attribuer définitivement les intégrations dans les compagnies. Certains qui avaient failli sur la période se retrouvaient au CCS à des postes paraît-il disqualifiant, ce qui était encore à voir, alors que c'était souvent la planque royale, exemptée de corvée et des tours de garde, les défilés des fêtes nationales, ils avaient un règlement assoupli d'ailleurs la plupart des postes étaient attribués par avance par piston, l'infirmerie, le vaguemestre ou la maintenance ou à la cuisine sans avoir la corvée des patates, serveur au mess des officiers, ou intendant ou chauffeur du colonel et des officiers, employés administratifs au PC, tous les magasins, d'armement, des vêtements, radio, ils assumaient toute l'intendance du camp. Les autres, la promotion des sans-grades dont Denis faisait partie intégrante les sans privilège, devenaient des soldats, conducteurs de la deuxième compagnie, pour intervenir dans des missions en tous genres et à dispositions des corvées bien spécifiques quand elles n'étaient pas terriblement avilissantes.


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A vingt ans, l'armée nous faisait fumer gratuit pour chasser l'ennui et devenir des vrais hommes, pour que plus tard nous sachions aussi nous battre contre un ennemi redoutable le cancer avec sa mort à petit feu.

Troupe

Suite n°4,5,6 Nouméa